
Une récente décision de la commission des finances de l'Assemblée nationale a suscité un débat houleux parmi les élus. Suite à un vote en commission, une majorité de parlementaires a approuvé l'audition des collaborateurs de l'Élysée dans le cadre d'une enquête sur les écarts entre les prévisions et les résultats budgétaires pour les années 2023 et 2024. Cette initiative, menée par Éric Coquerel, président de la commission, a été critiquée par certains députés qui y voient une atteinte à l'indépendance des pouvoirs exécutif et législatif.
L'enquête lancée en décembre visait à éclaircir les raisons des écarts importants observés dans les prévisions fiscales et budgétaires. Les chiffres officiels ont montré que le déficit public pour 2024 serait de 6,1% du PIB, bien au-delà des estimations initiales de 4,4% en automne 2023 et de 5,1% au printemps de la même année. Ce décalage important a conduit à une série d'auditions de personnalités politiques et administratives, dont Bruno Le Maire et Thomas Cazenave, anciens responsables du ministère de l'Économie et des Comptes publics.
Les partisans de l'audition des collaborateurs de l'Élysée soutiennent que ces entretiens sont nécessaires pour comprendre les mécanismes ayant conduit à ces erreurs de prévision. Eric Coquerel a souligné l'existence de précédents, notamment dans les affaires Benalla et Cahuzac, où des collaborateurs du chef de l'État avaient été entendus. Il a également rappelé que plusieurs sources avaient mentionné des réunions organisées à l'Élysée, justifiant ainsi l'intérêt de ces auditions.
Cependant, cette position a été vigoureusement contestée par Mathieu Lefèvre, député Renaissance, qui a dénoncé un détournement de procédure. Selon lui, auditionner des collaborateurs de l'Élysée serait contraire à l'article 67 de la Constitution, qui concerne la responsabilité du chef de l'État et non celle de ses collaborateurs. Il a regretté l'absence de débat avant le vote et accusé le président de la commission d'avoir cherché à étouffer toute discussion.
D'autres groupes politiques, comme le Rassemblement National, ont exprimé leur soutien à l'idée d'auditionner des responsables de l'Élysée, considérant cela comme essentiel pour mener une enquête approfondie. Ils ont accusé les députés macronistes qui s'y sont opposés de vouloir saboter les travaux de la commission. Cette divergence d'opinions reflète la complexité des enjeux politiques et constitutionnels liés à l'indépendance des pouvoirs et à la transparence des processus budgétaires.
Face à ces critiques, Éric Coquerel a affirmé que l'objectif était de garantir une enquête complète et transparente. Il a insisté sur l'importance de comprendre tous les aspects des décisions prises, y compris celles qui auraient pu être influencées par des discussions au plus haut niveau de l'État. La controverse autour de cette initiative met en lumière les tensions entre les différents acteurs politiques et souligne la nécessité d'un dialogue ouvert pour résoudre les questions budgétaires complexes auxquelles fait face le pays.
