L'année 2024 a été marquée par une augmentation significative du déficit public français, atteignant un total de 180 milliards d'euros, soit 6,1 % du Produit Intérieur Brut (PIB). Cette situation complexe soulève des questions cruciales sur la gestion des finances publiques et les facteurs économiques qui ont contribué à cette détérioration. Analysons les principaux enseignements tirés de ce contexte budgétaire difficile.
Anticiper le Futur pour Reprendre le Contrôle des Finances Publiques
Contexte Économique Volatile
La prévision des agrégats économiques, notamment du PIB et de l’inflation, est un élément central dans l’analyse des finances publiques. Les recettes fiscales dépendent largement de la création de richesse, comme l’impôt sur les sociétés, l’impôt sur le revenu et la TVA. De même, certaines dépenses, comme les allocations chômage, sont fortement influencées par la conjoncture économique. Ainsi, la croissance économique et le déficit public sont intrinsèquement liés. Les fluctuations des prix de biens et services ont également des répercussions majeures. L'environnement macroéconomique instable de ces dernières années a rendu les prévisions budgétaires particulièrement difficiles. La forte hausse des prix de l'énergie en 2022, associée à un resserrement rapide de la politique monétaire, a bouleversé les bases des projections. En 2023, la croissance du PIB a connu plusieurs révisions, passant d’une estimation initiale de 4,6 % à un relèvement à 6,8 %, avant de redescendre finalement à 6,3 %. La désinflation soutenue en 2024 a également conduit à une révision à la baisse de la croissance nominale.Complexité de la Composition de la Croissance
La composition de la croissance économique ajoute une couche supplémentaire de complexité. Une croissance de 5 % du PIB n’a pas le même impact sur le déficit selon qu’elle est tirée par la consommation des ménages, l’investissement des entreprises ou les exportations. Chacune de ces composantes est taxée différemment. Par exemple, en 2024, la croissance a été moins portée par la demande des ménages et plus par les exportations et la demande publique. Ces deux dernières ne sont pas soumises à la TVA, ce qui a entraîné une baisse des recettes fiscales. Cette variation de l’élasticité des prélèvements obligatoires a joué un rôle crucial dans les erreurs de prévisions.Dépenses Publiques Dynamiques
Malgré des efforts pour contenir les dépenses, l’État a vu les collectivités locales augmenter leurs dépenses de fonctionnement (+ 8 milliards) et d’investissement (+ 5,4 milliards) par rapport aux prévisions. Ces dépenses reflètent les délais d’ajustement aux pressions inflationnistes et une mobilisation de leur trésorerie accumulée. Parallèlement, les dépenses sociales, notamment celles liées à l’assurance maladie et au chômage, ont dépassé les prévisions de 3,5 milliards. Certaines mesures non planifiées, comme la sortie du bouclier tarifaire, ont eu un effet compensatoire, mais les montants restent insuffisants.Répercussions des Imprévus de 2023
Environ les deux-tiers du déficit inattendu en 2024 proviennent des erreurs de prévision de 2023. Prévoir avec précision les recettes et les dépenses est un exercice périlleux, surtout avec des difficultés supplémentaires comme le délai de récolte des données et les effets de reports. En fin d’année 2023, une fois le PLF 2024 établi, les retours sur la croissance ont montré une dégradation des finances publiques. D’autres chiffres n’ont été disponibles qu’en début d’année 2024. Les effets de report caractérisent certains prélèvements, comme l’impôt sur les sociétés. L’IS de 2023 est perçu sous forme d’acomptes et de versements en 2023, et est soldé en 2024. Une dégradation de la conjoncture économique en 2023, surtout détectée tardivement, a donc impacté les finances publiques pour 2024.Nécessité d’une Meilleure Anticipation
Cet épisode met en lumière l’importance d’une meilleure anticipation des aléas économiques et d’une plus grande réactivité budgétaire. Pour l’année 2025, les décideurs publics doivent trouver une porte de sortie à ce déficit structurel inédit. Sinon, le taux d’intérêt des emprunts français risque de continuer à grimper, menaçant la stabilité financière du pays.